De retour… dans ton cul : socialiser aux USA

Non je ne suis pas vulgaire…. Dans ce titre je fais simplement référence, est-il besoin que je vous l’explique, au très fameux et mondialement acclamé article Dans ton cul dans lequel je décrivais le désert amical où j’évoluais au début de mon expatriation. Et puis je constate, grâce à l’observation de mes statistiques, que les titres un peu grivois vous attirent irrésistiblement. A l’heure du bilan, je vous rassure tout de suite, il y a beaucoup plus de monde à qui je peux conseiller de chercher les objets perdus dans leur cavité rectale. Et si mon expérience ne devait pas vous suffire, à la fin de cette article j’en ai recensé d’autres.

Ma vie sociale a pris une tournure relativement positive.  J’en suis la première surprise car je ne suis pas ce qu’on fait de plus sociable sur le marché.  Je suis timide, certains diront froide. Je ne maîtrise pas l’art d’entrer en conversation, surtout pas en anglais.  Et pourtant, mon réseau social est riche aussi bien d’américains, que d’expatriés ou encore de personnes restées au pays… Pourquoi ? Comment ? Voici quelques pistes de réflexion.

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Au début il y avait des amis

Avant de partir aux USA, j’avais des amis… Je les ai toujours.  Ce sont des personnes que je connais de longue date, avec qui j’ai vécu de nombreuses choses.  Ce sont des relations qui ont en commun de s’être construites avec le temps.  Ce sont des personnes avec qui je corresponds régulièrement.  Elles sont pratiquement toutes toujours là et bien là.  Presque comme « avant ».

Puis-je avoir ce type de relation ici ? Non.  C’est impossible, du moins pour le moment.  Pas assez de temps ne s’est écoulé.  Pas assez d’expériences communes n’ont pu se vivre… Il est illusoire de vouloir reproduire les relations que l’on avait au pays.  Il n’y a donc pour moi aucune amertume ou déception à ce sujet.

Néanmoins, je me sens beaucoup plus proche de certaines personnes et je ne me sens pas loin de pouvoir répondre « in your ass » à mes copines quand elles se demandent où trouver un objet perdu.  Je me fais traiter de « bitch », me fait enjoindre d’aller me faire foutre ou encore reçois d’affectueux doigts d’honneur par sms à l’église pendant les répétitions de la chorale.  J’apprends des grossièretés en wallon à ma copine Traci que l’on peut tranquillement se lancer sans que personne ne comprenne autour de nous.  J’ai retrouvé cette chaleureuse familiarité de langage qui me manquait tant.

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Qui se ressemble s’assemble

Pas vraiment non…

Au début de mon expatriation j’aurais donné cher pour rencontrer un ou une de mes semblables.  Comme le Mammouth dans  l’Age de Glace, je m’imaginais errante, seule représentante de la francophonie dans ma région, dernier spécimen de mon espèce.  Contrairement aux personnes ayant élus domicile dans de grandes villes, ici dans le Tennessee, du côté de Knoxville, dans ce qu’on peut qualifier d’un petit bled, il n’y a pas tant de francophones que cela.

De plus, je soupçonne ceux présents dans la région de ne pas avoir forcément envie d’en rencontrer d’autres….

Avant mon départ, j’ai recherché d’autres expatriés dans l’état via le site Expat.com.  Certaines ont répondu à mon invitation mais habitaient loin de chez moi.  Une autre était très proche géographiquement mais m’a tout simplement « bloqué ».  J’ai, par la suite, dans diverses circonstances eu vent de la présence d’autres français ou belges dans la région mais ils ne semblaient pas vraiment intéressés de se rencontrer.  Jamais, ayant eu connaissance de notre arrivée, ils ne se sont montrés comment dire… accueillants.  Ils ne se sont pas montrés tout court…

Je peux comprendre que certaines personnes n’aient pas envie de rencontrer de nouveaux venus.  Ce n’est pas parce qu’on parle la même langue que l’on va forcément s’entendre.  Peut-être, certains ont-ils peur de se faire coincer dans des relations qu’ils ne désirent pas ? Et si les nouveaux arrivant étaient des psychopathes ? Des boulets qui ne vous lâchent plus…

Et c’est peut-être très bien comme cela.  Les personnes qui se sont montrées les plus accueillantes et intéressées de faire connaissance avec moi étaient américaines.  Et c’est avec elles que j’ai établi le plus de relations.

C’est seulement après presque une année, par le plus grand des hasards que j’ai rencontré une famille francophone habitant dans la même bourgade que moi.  Alors que je parlais français à Nounou dans la foule, je me suis faite repérer.  Cela doit être un truc qui ne se fait qu’entre expatriés : parler cinq minutes puis s’inviter à dîner… Depuis nous nous rencontrons régulièrement. Il faut  bien l’avouer, une conversation en français, des valeurs communes,  c’est vachement reposant.

Par la suite, j’ai rencontré d’autres francophones fraîchement débarqués grâce à mon blog, des expatriés de longue date via l’alliance française ou via une amie américaine et une dame belge vivant aux USA depuis plus de 30 ans, dans un grand magasin de bricolage, par le plus grand des hasards… C’est convivial et les réseaux sociaux nous permettent de rester en contact et de nous voir de temps à autre.

Mes amis américains

J’avais l’idée préconçue que les américains étaient tout feu, tout flamme pour vous accueillir le ou les premiers jours et puis plus rien.  Certains diront « hypocrite ». Je ne le pense pas. Ce ne fut pas le cas pour moi.  Au début, il n’y avait personne… Et ce n’était pas pour me déplaire.  Avec mon anglais à trois sous, échanger trois mots avec quelqu’un revenait pour moi en terme d’anxiété à un saut en parachute! Il y avait bien les voisins, très gentils et serviables , les institutrices, les caissiers avec qui j’échangeais les formules d’usage … C’était tout.

Néanmoins, il a bien fallu que je me lance dans le grand bain… Heureusement j’avais une bouée… La danse. Avant de partir, j’avais pris quelques contacts avec des danseuses de la région.  Il n’y a que le premier pas qui coûte, demandez et vous serez exhaussé.  Une semaine après mon arrivée, je participais à un spectacle et de fil en aiguille j’ai rencontré de plus en plus de personnes et petit à petit je fais, en quelque sorte, partie des meubles.

Petit à petit aussi, j’ai rencontré des mamans de la Nursery School.  Je fus invitée à des play date, après l’école ou durant les congés.  Les enfants s’amusent, les mamans bavardent sauf quand il faut en ramasser l’un ou l’autre qui s’est vautré ou les séparer quand ils se chamaillent.  C’est ainsi que des liens se sont créés.  Mais certes, pas avec n’importe qui.  Ce sont toutes des personnes assez différentes entre elles et de moi mais qui possèdent une grande ouverture d’esprit, une curiosité de l’autre et une grande générosité. Je me dis que j’ai beaucoup de chance que le destin les ait mis sur mon chemin.  Parce que j’ai le sentiment que si ça ne peut pas marcher avec tout le monde et si on rajoute la différence culturelle, les relations peuvent être très difficiles.

Et oui, il faut tenir compte de la différence culturelle.  Ici les gens sont « mobiles » .  Toutes mes copines viennent d’autres états, ou sont revenues vivre ici et sont susceptibles de repartir.  Tout le monde voyage.  Ce n’est pas grave, ce n’est pas un drame.  Cela fait partie de la carte mentale de la plupart des Américains.  Je suis persuadée que cela a un retentissement sur la nature des liens amicaux qui eux aussi sont sans doute plus mobiles, certains diront superficiels bien que je ne sois pas tout à fait de cet avis.

De même, j’ai aussi le sentiment que les mentalités sont assez différentes d’un état à un autre.   Les gens du Sud sont réputés pour leur sens de l’accueil et pour être chaleureux.   Mon expérience ne dément pas cette réputation.  A chaque fois que je voyage dans un autre état, je peux le constater.  J’ai beaucoup de chance.  Je suis partie avec quelques longueurs d’avance.

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Relation surprise 

Grâce, à  mon blog, via facebook, en ligne, j’ai virtuellement rencontré un éventail de personnes.  Ces relations comptent aussi et font partie intégrante du paysage relationnel de mon expatriation.

Les amis de mes amis sont mes amis… et oui ça marche un peu comme ça aussi!  C’est ainsi que je reçois parfois jusqu’à une dizaine de personnes chez moi.  Et mes petites sauteries semblent leur plaire puisqu’elles ont du mal à rentrer chez elles tant le bavardage et l’amusement sont intense.

Une autre fois, je me suis rendue à une sorte d’auberge espagnole chez une dame que je ne connaissais pas, avec des personnes que je n’avais jamais rencontré, simplement parce qu’une dame d’origine allemande avec qui je parlais pour la première fois et qui faisait partie de ce petit cercle international a estimé que je ferais très bien l’affaire.  Ça fait tout de même bizarre de s’amener avec des gaufres chez quelqu’un qu’on ne connaît pas… Mais passer cette petit gêne, c’est un immense plaisir de faire connaissance.

L’autre jour encore, j’étais assise à table pour le lunch des dames de l’église.  Je me sentais à l’aise, à ma place.  Je mesurais la chance que j’avais d’avoir croisé le chemin de ces personnes.

Je suis souvent la première surprise de cette abondance de connaissances et de relations et je me dis souvent que c’est un des côtés les plus positifs de cette expatriation.

Vous prendrez bien une petite tasse de café?

N’attendez pas de retrouver ce que vous avez quitté.   C’est une nouvelle histoire qu’il vous faut réécrire…. Sur un papier d’un autre couleur et avec un crayon pas taillé… Ou sur un clavier « Querty » à vous de voir, mais ce sera un peu plus compliqué, c’est certain. Pour faire passer le tout ne sous-estimez pas le pouvoir d’un bon café.

Si vous en avez, abandonnez vos préjugés, surtout négatifs, sur les américains.  Certes, il faut parfois savoir à quoi s’attendre.  On ne se socialise pas de la même façon, et les déconvenues sont inévitables.  Bien sûr, c’est humain, et on ne peut s’empêcher de penser, de juger, de comparer.  Parfois, ça coince objectivement au niveau des valeurs et de la façon d’être.  Parfois, ça fait du bien de « balancer » entre expats et d’échanger au sujet de nos déboires relationnels.  Mais il faut savoir tourner la page…. Et puis tout le monde aime le café.

Qui se ressemble s’assemble tout de même un peu : un hobby ou des amis en commun, un même goût pour l’irrévérence ou le sarcasme, une certaine ouverture d’esprit qui fait que pour certains avoir des amis différents est important, une croyance, une non-croyance, une même passion pour le café, un gamin, un chien : tout est bon à partager. Surtout un bon café!

Accepter sa différence.  J’ai perdu tout espoir d’être un jour partie intégrale de la communauté.  Je suis et je resterai différente. Parfois c’est un peu lourd de ne pas pouvoir évoluer avec autant de facilité que les personnes qui m’entourent, de ne pas avoir autant de ressource, de ne pas tout comprendre, de ne pas tout intégrer. Je serai toujours « la belge de service » qui traîne son sachet de gaufres.  Mais finalement ce n’est pas si mal d’être différent. On peut parfois tirer avantage de son exotisme pour sortir de l’anonymat…  et vive la « French Press » pour réaliser le café.

Le café…. Le café c’est bon pour tout, ça stimule les neurones et ça rassemble les gens. A court d’idée ou d’argument? Proposez un bon café!

Alors voilà, sur le plan relationnelle, mon expatriation est nouvelle histoire. La tranche de mon livre est reliée à l’or fin. Et les noms que j’y inscris sont et resteront gravés à l’encre scintillante !

Ça c’est mon histoire mais il y en a d’autres….Le bilan peut être positif, négatif, ou en demi teinte. Pour certaines blogueuses dont je suis les aventures d’isolement en quiproquos on évolue vers des situation positive. Je vous invite à constater par vous même comment chaque aventures est différentes grâce à la lectures des articles suivant…

Deux mois plutôt positif à Austin   sur le blog voyage, cuisine et lifestyle  Annvies

Miami vice fiction ou réalité  Un choc culturel proposé par Miaritz

une fête d’anniversaire qui tourne mal sur le blog de ma grande sœur de blog Allons voir si l’Amérique

Incompréhensions interculturelles et le déjeuner loupé sur Un jour @ la fois

Amitié américaine  en Californie sur le blog  La Sardine de Californie

Le cœur brisé  sur la page My litlle parenthése

Et vous quelle est votre histoire, quelles sont vos anecdotes croustillantes?

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19 commentaires

  1. Oh .. tu ne peux imaginer la jalousie ressentie quand j’ai lu toutes ces invitations que tu reçois !! Oui, je dois bien l’avouer, je suis jalouse ! Peut-être es tu vraiment de bonne figure, donnes tu vraiment envie de discuter ? Pourtant tu dis être froide .. j’ai beaucoup de mal à y croire .. JE suis froide et je suis sans invitation … mais toi …
    Quoiqu’il en soit, je suis jalouse, certes, .. mais tellement contente pour toi, ma petite sœur virtuelle, tellement contente que ton esprit si affûté puisse se confondre dans cette foule d’américains.. même si ton paquet de gaufres reste là pour montrer ta différence et tant mieux !! C’est tellement bien aussi d’être différent, d’apprendre des différences, parfois, c’est dur .. oui, mais tellement enrichissant ! Et toi, crois moi, tu es riche ! je le sais même si je ne t’ai jamais rencontré pour de vrai .. toi et tes gaufres …
    J’arrête là … avant que ça fasse trop déclaration d’amour !!! hihihi
    Je t’embrasse !

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    • oh! Je pensais que ça allait mieux pour toi? Que tu t’étais dénichée une bande de pote. Tu sais j’ai eu une grosse déconvenue l’autre jour aussi… Nounou pas invité à un anniversaire et je pense que la différence culturelle y est pour beaucoup…
      Et oui comparer à certaine personnes qui ont le verbes faciles, surtout ici aux USA pays du thank you et du compliment je suis un peu à la masse…. Souvent je la ferme alors que je devrais l’ouvrir, alors je reste là comme une conne… Mais bon ça m’arrivait en Belgique aussi…
      Merci pour ta semi déclaration! gros bisous!

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      • Si, ça va beaucoup mieux! Nous avons deux couples d’amis : des espagnols et un couple serbo américain avec lesquels on sort et on se marre bien! Je peux me lâcher avec eux! Alors..oui, c’est bien!
        Mais je suis loin d’être aussi invitée que toi. … profite!
        Je dois être vraiment froide. …
        Sauf avec les belges… 😘

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  2. Coucou salut Katrien,

    Bien sur qu’il est difficile de s’intégrer mais je dois te féliciter car après tout tu fonces et tu as parfaitement bien raison.

    Tu sais, les comparaisons et les critiques je pense que cela est devenu inévitable, les cultures sont tellement différentes.

    Mais tu ne dois vraiment pas te sous estimer tu sais, tu n’es pas différente comme tu pourrais le penser.

    Et tu es une personne très sociable et très joviale je le confirme parce que je te connais depuis des lustres.

    Et sors toi de ta petite tête que tu es la petite rondelle de service.

    Je constate quand même que depuis que tu es partie là bas tu t’es fait pas mal d’amis enfin disons connaissances c’est un très bon début, chaque chose en son temps rien ne sert de courir.

    Et puis dis toi bien qu’on ne peut plaire à tout le monde.

    Mais au fil du temps la personne qui te rencontrera sera bien heureuse tu verras.

    Gros bisous à plus

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  3. Une chouette découverte ton blog. J’aime beaucoup ta façon d’écrire, on sent que tu es hyper dynamique 😉 Ça fait du bien de lire un texte comme le tiens. Belle journée.

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  4. C’est pas forcément facile de se faire des amis, quand nous sommes arrivés à Tucson, il y a 3 ans, nous avons très vite sympathisé avec des français de notre âge à l’alliance Française. Ensuite par le boulot, celui de ma moitié et le mien on s’est fait de grands copains américains. Quand on a déménagé en Ohio, pareil, par le boulot on a réussi à se faire des copains américains et particulièremnt le chef de mon chéri et sa femme avec qui on s’entendait très bien. On est en Caliornie maintenant et j’essaie de prendre contacte avec des gens, mais ce n’est pas toujours simple, mais je n’ai pas beaucoup de problème à passer du temps seule du coup ça me pèse plus ou moins. En revanche, je me rends compte que ma sociabilisation passe beaucoup par le travail, ce qui n’est pas étonnant puisqu’on y passe une bonne partie de nos vie. En tout cas ton article est très intéressant et comme quoi, on peut se faire des amis partout, même dans un magasin de bricolage !

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    • Merci Poppy. Oui beaucoup de choses passent par le monde du travail… Hélas je dois passer cette case pour le moment car je n’ai pas un visa me permettant de travailler… Quand j’ai passé quelques jours en Californie, j’ai eu l’impression que les personnes étaient très froides… Je me demande si quand on déménage on garde ses copains américains?

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      • Oui j’ai gardé mes copains americains, on discute toujours via FB ou skype quand on peut ! Je sais qu’on va retourner dans l’Ohio pour thankgiving en 2017 aussi et qu’on pourra voir nos amis et notre « famille » americaine . D’autres vont venir nous rendre visite et certains sont déjà venus nous voir dans l’Ohio. Bref nos copains américains sont vraiment nos copains ! En Californie, je trouve les gens plutôt à mon goût mais je les trouvais aussi à mon goût (non pas que je mange des gens hein !) en Ohio et en Arizona, je suis moi même quelqu’un d’assez froid mais cordiale au premier abord, du coup, ça ne me gêne pas trop. Mais c’est vrai qu’ils peuvent sembler froid surtout par rapport au sud.

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  5. J’ai toujours pensé que c’était difficile de se faire des amis lorsqu’on débarque dans un pays qu’on découvre et que, surtout, on ne connait pas bien la langue. En plus, je suis très timide, moi aussi, j’ai donc du mal à faire le premier pas.

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