L’enfer c’est les autres, l’enfer c’est l’avion Part 1 : L’avion

Logique… Mais quand à la promiscuité s’ajoute une légère phobie, le voyage devient vite périlleux.  Phobique vous-même, allergique à la paranoïa, où personnes en recherche de propos nuancés… Passez votre chemin. C’est du lourd !

 

Embarquement vers l’au-delà

Lorsque commence l’embarquement et que les premiers voyageurs se lèvent de leur siège (si on a la chance d’en avoir en suffisance dans la salle d’attente), je me demande toujours pourquoi ils sont, pour la plupart, si pressés de courir ainsi vers leur mort ou tout au mieux vers de longues heures de torture, confinés et suspendus dans les airs.  Rien ne presse.

Je reste admirative de consternation du temps qui est nécessaire pour tout un chacun de prendre sa place et de boucler la fameuse ceinture dont personne n’ignore la réelle utilité*.  Même si le cœur n’y est pas, parfaitement consciente du sort qui m’attend, il me semble que l’opération me prend tout au plus quelques secondes.  S’asseoir à la place qui vous est assignée et prendre dans votre sac ce qui vous sera nécessaire dans le quart d’heure à venir semble à la portée de n’importe quel abruti.  Faut-il encore avoir la conscience que l’on n’est pas seul à devoir réaliser cette opération, qui semble un vrai challenge physique et intellectuel à quelques spécimens peu conscients de leur environnement.

Lorsque c’est à mon tour de pénétrer dans la cabine, en voyant les différentes personnes prendre possession de leurs quelques centimètres carrés loués à pris d’or, j’ai invariablement cette pensée : voilà ceux qui vont certainement mourir avec moi aujourd’hui .  J’envie les gens qui voyagent en première.  Auront-ils la chance de mourir allongés dans leur sommeil, si les secousses et les cris des autres passagers de la classe bétail ne les réveillent pas avant ? C’est tellement plus confortable de mourir allongé. Pour sûr, je m’y connais en matière de mourir…

av1

Parfois, on ne meurt qu’une fois …

A chaque fois que l’avion secoue, tremble, émet un bruit étrange, que le signal lumineux indiquant qu’il faut attacher la morbide ceinture* s’allume, que l’avion décolle et atterrit ou que je crois reconnaître une odeur de brûlé : je vais mourir.  Je me suis donc déjà retrouvée aux portes de l’autre monde à de nombreuses reprises.  Le seul moyen de retrouver le chemin des vivants est de m’accrocher au bras de Raf et de lui poser la question « C’est normal ? ».  Invariablement il me répond : « Oui ».

Je lui pose souvent la question car je vois tout, j’entends tout, je sens tout et je ressens tout ! Lorsque le capitaine vous annonce qu’il entame sa descente que l’on espère tous progressive, sachez qu’il a déjà commencé le processus depuis longtemps.  Je le sais, je le sens.  Le moindre petit trou d’air revient pour moi à sauter d’un précipice enfermée dans une cannette de soda.

Je guette aussi toute expression faciale suspecte sur le visage du personnel de bord.  Je sais qu’ils savent que certains passagers font cela et qu’ils ont pour consigne de ne rien laisser transparaître en cas de soucis, à part une légère condescendance à votre égard.  Je suis donc à l’affût de la moindre seconde de relâchement, quitte à passer pour une folle.

Certaines personnes de mon entourage ont tenté de me rassurer avec des arguments d’ordre statistique : l’avion est le moyen de transport le plus sûr ou encore la probabilité de mourir assommé par une noix de coco est beaucoup plus importante que celle de périr dans un crash.  J’y pense souvent… Je préférerais tout de même mourir sur une plage au soleil.

 

« We wish you a pleasant flight »…

Vraiment… ? Tu te fous de qui ? Comment un vol peut-il être agréable ? La seule chose qui pourrait le rendre supportable à mes yeux serait d’avoir le loisir de me bourrer la gueule au champagne mais cela n’arrivera pas car je voyage en classe bétail.  Souhaiter un bon voyage à tous ces pauvres bougres qui vont passer de longues heures entassés, mal nourris, n’ayant accès qu’à des commodités rudimentaires, relève en fait du plus grand cynisme.

Les stewards  et hôtesses un tant soi peu agréables que j’ai pu rencontrer sont si rares que je peux encore me souvenir de leur visage.  Pour le reste, on peut comprendre qu’ils n’aient aucune considération pour les malheureux qu’ils convoient quotidiennement.  Je ne peux qu’admirer la mine détachée, la quintessence de la désinvolture et du mépris qu’ils affichent alors qu’ils assènent les consignes de soi-disant sécurité.  Et que dire du petit air hautain et méprisant quand vient le moment de vérifier si vous avez bien attaché la funeste ceinture* ?

Plus sérieusement, comment au 21ème siècle peut-on encore faire voyager les gens dans ces conditions qui vous marquent jusque dans votre chair : Tympan percé, œdème, embolie sans compter le brassage de virus et bactéries en tous genres de provenances diverses et variées… Après chaque atterrissage auquel j’ai survécu, quand vient le moment de remettre mes chaussures, l’angoisse me prend que mes jambes, transformées en montants de chiottes ne reprennent jamais la forme d’une perfection harmonieuse qui les caractérisent et que mes escarpins n’acceptent plus d’accueillir mes pieds martyrisés par l’afflux de liquide lymphatique stagnant.

 

Tuer le temps

Si vous survivez au crash, à l’attaque de panique et aux divers périls physiologiques mentionnés plus haut, il vous faudra trouver quelqu’activité non cinétique pour échapper à la folie engendrée par la privation de stimulations.

Vous pouvez pour cela vous munir de quelques matériels électroniques ou papier pour vous entretenir de la simple lecture en passant par l’écriture ou un jeu.  Je dois personnellement mon salut mental au très intellectuellement stimulant Candy Crush et à la divine Amélie.  J’aimerais pouvoir mettre mon temps à profit pour réaliser quelques écharpes en tricot mais les aiguilles et autres armes ne sont pas les biens venues à bord.

J’ai bien connu le temps où l’hôtesse installait un écran et tout le monde avait droit au même film.  La situation a si bien évolué que maintenant choisir l’œuvre cinématographique, le reportage ou l’échantillon de série télévisée qui va vous distraire est une activité chronophage en soi.  C’est ainsi que durant un vol, je me tape un ou deux films.  Laissez-moi vous expliquez : je suis plutôt bon public.  Donc quand c’est drôle, je peux rire à ne plus pouvoir m’en ravoir.  Quand ça fait peur, je sursaute mais je peux aussi hurler si je n’ai pas pris la précaution de me cacher les yeux et quand c’est triste… je pleure, à gros sanglots bien bruyants de préférence**.  C’est ma foi, fort gênant de devenir soi-même une attraction pour les autres passagers…

Le moyen de réduire le temps de vol qui est le plus sage selon moi, est encore de dormir.  Je suspecte que les biens heureux que je peux contempler fermement maintenus dans les bras de Morphée du décollage à l’atterrissage, d’avoir eu recours à des subterfuges chimiques.  Pitié que l’on m’en donne ! Mon pauvre corps ne peut trouver le repos dans la torture que m’impose l’immobilité de la station assise.  Tout relâchement dans des positions non physiologiques, défiant la gravité et les lois de l’ostéopathie, toutes contorsions effectuées dans le but de retrouver un certain confort sera immédiatement sanctionnée par la douleur cuisante d’une contracture musculaire.

Mais je dois bien l’avouer, dans cette lutte pour que la dizaine d’heures que dure généralement mon voyage reste supportable, mon pire n’est pas moi-même… Mais bien les « autres ».  Croyez-moi ils sont nombreux et ont chacun leur tactique pour vous empêcher de voler en rond…. Rendez-vous la semaine prochaine pour faire leur connaissance…

* Oui la fameuse, funeste, morbide ceinture qui sert à maintenir votre cadavre ou ce qu’il en reste pour facilité votre identification en cas de crash….

** Je vous recommande si votre petit cœur est bien accroché, le fantastique film japonais « Si les chats disparaissaient de la terre » (If cats dissapeared from the world) .  Je vous avertis d’emblée que la disparition des dits félins est un moindre mal dans l’histoire surnaturelle et poétique d’un jeune homme condamné, qu’un pacte avec le diable fait se plonger dans son passé… Une heure après l’atterrissage j’avais encore du mal à retenir mes larmes.

 

16 commentaires

  1. hi hi ma chère Katrien

    Encore une bien triste et longue histoire ton voyage en avion.
    Ce n’est pas que j’ai peur de prendre l’avion , il est vrai qu’avec tout ce qui ce passe maintenant il y a quoi d’appréhender un peu ce genre de voyage.
    Encore heureux que Raf te rassure, il te connait et si si la peur qui t’habite, mon Dieu quelle idées te penser que c’est ta dernière lolllllllll.
    Et Nounou comment se sent il en ta présence il n’est pas stressé lui.
    Enfin maintenant que tu es rentrée chez toi tu vois ce n’était pas ton heure et je pense quand même que ton voyage c’est super bien passé, malgré la pluie.
    Allez courage, pour une belle suite de tes aventures avec un super beau sourire comme tu sais si bien nous faire.
    Gros bisous à vous trois

    Aimé par 1 personne

  2. Le trailer sur le net a l’air vraiment bien… je n’ai seulement compris qu’ aligato 😉 mais je vais essayer de le visionner.
    Sur le fond, que vaut il mieux visionner en volant? une histoire qui fait frémir qui te rapproche de l’au delà, qui s’en éloigne à coup d’éclat de rire… heureusement que la destination cloture le dilemme. bizzz de l’outre… Atlantique et pas de … 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Voilà je t’ai enfin trouvé « ma jumelle » !!!! C’est tout ce que je ressens, je suis exactement comme toi…. c’est horrible cette trouille ! T’imagines que dans notre expatriation qui aura lieu cet été ma plus grosse angoisse est : mais comment je vais pouvoir prendre l’avion ☹️, on m’a conseillé l’hypnose j’en suis à ma 3eme séance et mes angoisses toujours là, je pensais être la seule et non maintenant il y’a toi 😉
    Merci encore….

    Aimé par 1 personne

    • Oui je sais c’est irrationnel… L’autre jour je voyais un avion à la TV et je me suis sentie très stressée. Pour le moment j’arrive encore à prendre sur moi… Je me suis dis que j’allais prendre un calmant mais je dois m’occuper du petit….J’ai reçu beaucoup de réaction de personnes … comme nous! Bisous!

      J'aime

  4. Je n’ai pas de peur particulière en avion… mais peut-être vont elles naître en lisant ta saga? Je dois dire que j ai souvent souri à ta lecture, c’est tellement vrai tout ça. .. la ceinture, le confinement, les turbulences…quant aux gilets de sauvetage….
    Je n’ai pas de peur développée. . Mais je fais tout pour ne pas trop y penser… j’avoue!
    Courage. .. un jour, peut-être, cette peur se transformera en joie pour venir me voir. … 😉
    Bisous aériens pour aujourd’hui! 😘

    J'aime

  5. C’est vrai que c’est pénible ces voyages en avion, autant dans le sens US -> Europe je peux bien dormir, autant dans l’autre sens … bah … j’ai les yeux qui piquent et c’est relou. Mon mari c’est encore pire, lui ne peut pas trop manger, car faisant un peu moins de 2m son système digestif est compréssé … encore pire quand on tombe sur le gros faisan qui baisse son siège dès le décollage … bref, je n’aime pas non plus. En revanche, je tricote en avion, avec des aiguilles en bois. Plus courte elles sont très bien pour les écharpes, même si le problème est plutôt la place sur les côtés qui limite les mouvements des bras et accentue le mal de dos.

    Aimé par 1 personne

  6. Ah bah tiens j’aurais pu écrire un tel article 😉

    Je suis une future ex phobique en avion, mais j’ai quand même lu ton article pour le future ex…

    Des années de parano intense (depuis 7 ans et des poussières en Amérique du nord, je peux te dire que j’en ai fait un paquet des vols transatlantiques !). Jusqu’à récemment, je pleurais à la moindre secousse, mon cœur s’emballait, je me voyais morte et mes proches allant à mon enterrement, bref tu vois le tableau 🙂
    C’est dur de vaincre ses peurs, mais je me suis retrouvée ces derniers temps à devoir faire face à un gros changement dans ma vie perso, et depuis, c’est une révélation : on peut dépasser ses peurs. Yeah. Alors, je ne serai jamais heureuse de voler, faut pas rêver non plus, mais au moins j’arrive à presque en profiter en peu pendant les 10h de vol…

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s