Oh miroir, mon beau miroir de l’expatriation…

… Dis-moi si je suis à la hauteur?

J’ai commencé à écrire pour vous, pour moi, ce blog vous donnant ainsi des nouvelles tout en me permettant de rester proche de vous et de faire des nouvelles connaissances.  Mes billets sont parfois l’occasion pour moi d’avoir une sorte de retour de mon expérience, un regard extérieur.  Comme un miroir … Il en va de même avec les relations qui se créent avec les habitants de mon pays d’adoption.  Ce miroir est un miroir de foire.  Déformant, il allonge ou écrase une silhouette dont j’ai parfois moi-même du mal a déterminer les contours.

Que ressent-on en se regardant dedans ?

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La blogosphère « expatriée », est riche de l’expression de ces sentiments de bonheur, fierté, de dépit parfois, même de honte liés au fait d’avoir quitté son pays.  Quel-qu’en soit la raison, quel-qu’en soit la durée, partir ne laisse personne indifférent et on en ressort tous différents.  J’avoue qu’au début, beaucoup de ces ressentis m’échappaient.  Ces méandres existentiels ou l’image qu’on me renvoyait de moi, m’apparaissaient souvent comme saugrenus.  Mais avec le temps, je comprends mieux.

La fierté

Au début de mon expatriation, et parfois encore, au détour d’un article, on me félicite de mon adaptation à ma nouvelle contrée.  On me fait part d’une certaine admiration.  Je dis bien « merci » parce que je suis polie mais il ne me semble n’avoir rien fais pour mériter ces compliments.  Je suis simplement partie et j’ai fait ce que j’ai pu.  Mais il y a peut-être un petit fond de vrai ?

Si je regarde en arrière, tant de choses furent accomplies, tant de nouvelles relations se sont créées, tant de connaissances et d’habitudes furent acquises que j’ai souvent le sentiment que cela fait plus longtemps que je suis ici.

Si j’examine les raisons qui pourraient me rendre fières de notre expatriation, je ne peux faire l’économie de notre passé.  Tout cela ne fut possible que grâce au fruit de notre travail passé : diplômes, carrières, mais aussi les fonds pour s’installer ici.

New York, New York…. If You’ll make it there, You’ll make it everywhere ! Un jour une consœur russe m’affirma que si je devais rentrer en Belgique, le fait d’avoir dansé aux USA m’aiderait beaucoup.  Ce qui vient des USA semble bénéficier, pour certains, d’une certaine aura comme en témoignent les étoiles dans les yeux de la petite vendeuse belge qui m’interroge sur mes activités au pays de l’oncle Sam.  Pour faire court, je lui dis que j’y danse.  Éblouissement ! Il n’est pourtant pas plus difficile de danser de l’un ou de l’autre coté de la grande marre… Et si je progresse, ce n’est pas simplement en respirant l’air d’ici. C’est comme partout ailleurs, à force de travail.

Oui, l’expatriation demande quelques efforts, un peu d’audace et de persévérance et l’on ne se bonifie que si on s’en donne la peine.  Alors oui, considérons avec satisfaction le chemin accompli.

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La honte

Parfois plus douloureusement, on me renvoie l’image de de celle qui a quitté, qui a abandonné, qui ne fout plus rien alors que ceux qui sont restés « triment ».  Ces considérations sont souvent le jugement de personnes peu empathiques.  Je voudrais expliquer : que ce n’est pas tous les jours facile, que mes journées sont bien remplies.  Mais à quoi bon ? Dois-je me justifier ?

Sans doute, si je considère la réussite professionnelle d’autres femmes expatriées, parties pour leur travail, parties pour réussir, alors que c’est mon mari qui bénéficie de l’ascension professionnelle, mon implication dans mon expatriation peut sembler bien maigre. Certain(es) ne se font pas prier pour vous le faire remarquer en mettant en avant, et surtout en comparant; les risques les difficultés, la détresse qu’ils ou elles ont pu affronter pour s’établir dans un autre pays.  On en a noircit des pages sur « la bonne femme qui suit son mari » afin de l’enfoncer ou de lui redonner un peu de lustre.  Mais cette femme, personne ne la connaît vraiment.  Personne ne sait son passé, les batailles qu’elle a livrées ici ou ailleurs, ses joies et ses peines. Doit-elle se justifier… Non.

Il est néanmoins un sentiment très inconfortable de gène se rapprochant de la honte dont je ne peux me défaire.  Il est relié au fait de ne pas maîtriser complètement le langage et les codes de ma société d’adoption.  Cet apprentissage, qui je le crains, ne sera jamais total, ne se fait pour moi qu’à travers la confrontation… Confrontation de mon ignorance à la connaissance des locaux de la langue, des coutumes , de la culture… A ma demande, on répète, on explique… comme à une enfant.

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« On est content de t’avoir »

… On est content que tu sois là ! Cette phrase on me l’a dite souvent alors que je faisais connaissance avec mes voisins, à l’école, à l’église.  Je ne comprenais pas, vraiment pas pourquoi on me disait cela.

Cette phrase prend tout son sens si l’on considère son contraire.  Et oui, son contraire existe aussi, commence à se faire entendre de plus en plus.  En regard des nouvelles dispositions politiques de ce pays, certaines langues se délient : On est PAS content que tu sois là.  Tu prends la place d’un américain.  Une bonne moitié de la population américaine souhaite que des dispositions soient prises pour limiter la venue de personnes comme moi dans le pays.

J’ai le teint clair, je ne suis pas musulmane… Mais j’ai un bon gros accent.  En tant que petite blanche chrétienne, je suis certainement mieux lotie que d’autres mais ne pouvant pas passer inaperçue à partir du moment où j’ouvre la bouche, je redoute le jour où je devrai faire face à des propos racistes comme cela est arrivé à une connaissance francophone simplement à cause de son accent.

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Être différent

Il est vrai que l’on est un peu différent et malgré que l’on apprenne la langue du pays d’adoption, malgré que l’on essaie de s’adapter aux coutumes locales… On reste un peu… beaucoup… différent.  Cette différence sort l’expatrié de l’anonymat, attire l’attention sur sa personne.

Tantôt elle éclaire l’étranger d’une lumière dorée, promesse d’exotisme et d’échanges positifs.  Les gens sont heureux de vous rencontrer, d’échanger.  Vous êtes comme une petite vedette.  Les petites attentions que vous pouvez accorder aux autres comme un plat, une pâtisserie, un conseil semblent doublement appréciés.  Certaines personnes vont rechercher votre compagnie. Cela fait se sentir spécial.

Mais parfois, c’est dans l’ombre que l’on se tient.  Si vous avez des difficultés à vous exprimer, on aura des doutes sur vos capacités intellectuelles.  C’est ainsi qu’au détour d’une conversation, certains crachent le morceau : on est surpris que j’aie un diplôme universitaire ou que je puisse réaliser une tâche de secrétariat de façon indépendante.  « Elle ne comprend pas ». Si je ne suis pas du genre à agiter mon CV sous le nez de mon entourage, d’autres ont dû le faire pour moi afin que je ne passe pas pour une débile mentale.  Ça fait un peu mal… Très mal.

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Mon miroir préféré…

… est celui de ma salle-de-bain.  Celui-là sert et est constructif.  Venu avec moi de Belgique, le voyage ne l’a pas affecté.  Bien lisse, honnête et sans arrière pensée, chaque matin il me renvoie l’image d’un visage pâle, imparfait et bouffi surmonté d’une chevelure hirsute.  A moi d’agir en fonction de ce que j’y vois afin de lancer les procédures d’amélioration et de me préparer à de nouvelles aventures.  Parfois le résultat me réjouit, parfois il m’afflige, mais il n’appartient qu’à moi.

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9 commentaires

  1. Parmi les sentiments que peuvent provoquer chez les autres le fait d’être une bloggeuse expatriée, j’ajoute la gratitude: je te remercie de nous faire partager ton expérience ! J’aurai voulu vivre un peu aux USA ( j’ai passé quelques mois au Texas ) mais mon mari est commerçant et on ne peut pas partir. Alors, merci de nous faire partager quelques bribes de ta vie ici 🙂

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  2. Je viens de decouvrir ton blog et j’adore! ( d’avance desolee pour les accents qui manqueront helas dans mon commentaire). J’ai adore ton post sur les passages a la caisse. Je me souviens de mes premiers mois d’expatriation au Texas lorsque je frolais l’arret cardiaque a chaque fois que l’on me posait une question etrange. C’est vrai que dans le sud les gens te repetent patiemment les phrases que tu ne comprends pas, gros aventage par rapport a la cote est (et ouest) ou tu passe vraiment pour la debile du coin. Je me souviens comment au debut nos ados – qui etaient genre 1000x plus genes que moi – me traduisaient illico les phrases que je demandait de repeter, ils avaient honte, mais honte de leur mere….trop drole. j’attends avec impatience de lire tes prochains messages!

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    • Oups je viens par erreur d’effacer un de tes commentaire! Désolée!!!! Je voulais approuvé et il a disparu!!!! merci pour tes compliments et encouragements! Singapour en effet c’est un gros changement. J’aimerai bien… Un an ou deux… Pour voir… Mais ce n’est pas au programme. As tu un blog toi aussi? A bientôt!

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  3. Merci pour ce joli commentaire je suis ici que depuis 3 ans mon anglais est tres loin je n ai pas eu le temps de prendre des cours d anlais inscrite 2 fois et pas assez de temps heureusement je parle espagnol mais c est frustrant de ne pas communiquer je vais pouvoir enfin prendre les cours . Quand à l expatriation je n en souffre pas À bientôt dr vous lire

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