Vieille ballerine VS pompom girls : l’affrontement final

Le jour « D » enfin venu, j’enfile péniblement mes bas. Le short noir obligatoire est plus étroit que prévu. j’avais oublié le trou dans mes chaussons et je m’applique à attacher mes cheveux pour que rien ne dépasse.  Le résultat n’est pas à la hauteur de mes espérances. Je ne suis pas à mon aise dans cet accoutrement qui ne met en aucun cas mon corps en valeur.  Il y a dans la danse classique un petit côté sadique: tout défaut doit  être apparent pour être corrigé sans doute.

Arrivée à l’académie, il y a toujours foule.  Les adultes présents, en majorité des parents d’élèves dont je reconnais certains, sont habillés « normalement ». Je porte les fameux bas blanc qui me donnent l’air de sortir d’une opération chirurgicale façon bas de contention. Je rentre le ventre.  Je me glisse dans la salle où aura lieu le cours.  Je fais connaissance avec ma professeure.  Elle doit être un peu plus âgée que moi, elle est fine et habillée comme une vraie ballerine.  Elle me fait immédiatement penser à cette petite statue de Degas. Elle me fait d’autant plus bonne impression qu’elle ne me déroule pas son CV comme le font beaucoup de danseuses.

Point d’adolescente athlétique ne viendra nous rejoindre.  A vrai dire, je fais dramatiquement chuter la moyenne d’âge du groupe qui ne se compose  que de deux autres dames qui ont vu passer beaucoup plus de saisons que moi.  Elles sont simplement motivées par la pratique de la danse classique qu’elles aiment et qu’elles font vivre avec passion.  Il se peut même que nous soyons les quelques seules, avec les petites filles de l’école, dans ce cas. En effet la plupart des jeunes suivent un autre cour de ballet  parce que c’est obligatoire afin de  faire partie de la compagnie.

Après le cours, on m’invite à assister à la classe de Jazz.  J’accepte volontiers.  La moyenne d’âge baisse un peu… Il y a beaucoup de pas.  Ça va très vite.  Je suis lamentablement à la traîne.  Mais je m’accroche et je m’inscrit.

Ba2

Et les pompom girls ? Les jeunes filles qui me mettaient mal à l’aise ? Je me suis progressivement habituée à les croiser sans réellement interagir avec elles jusqu’au soir où, la prof de Jazz étant absente, deux d’entre elles , ses assistantes, furent réquisitionnées pour nous donner cours.  Mais très vite, il tourna… court.  Je fus rapidement identifiée comme « la maman de Nounou », le petit garçon un peu turbulent mais si mignon qui a, m’affirmeront elles avec passion, des pieds de danseur et qui parle français.  Pour augmenter mon embarras, ce dernier a été raconter à tout le monde que j’étais moi-même danseuse professionnelle et professeur de danse sans préciser qu’il s’agit de danses orientales.

La soirée est déjà bien avancée, tout le monde est un peu fatigué et les grandes filles ont du mal à cacher leur curiosité à mon égard et leur envie de m’entendre parler français, en particulier de prononcer le nom des pas et les termes de danse classique.  Je m’exécute déclenchant ainsi jubilations et transports de joie emprunts d’admiration.  L’engouement est tel qu’elles invitent les autres danseuses répétant dans la salle voisine à venir m’écouter.  A ce stade, mes joues n’ont plus la jolie couleur rosée de mes chaussons mais bien un ton plus vermillon.  Je m’explique également sur mon identité et essaie tant bien que mal d’expliquer ce que sont les danses orientales et oh combien elles méritent d’être connues et étudiées.

Je dois également dissiper un mal entendu.  Il semble que dans la tête de beaucoup de danseur anglophone, ou du moins les plus jeunes, le fait de parler français implique que l’on sache implicitement en quoi consiste les pas, les enchaînements, les positions lorsqu’elles sont annoncées.  Tu as de la chance me dit-on, tu sais tout ! A grand renfort d’analogies, je tente d’expliquer que non, que cela reste malgré tout des termes spécifiques et que non, je n’ai pas cette longueur d’avance.

Nous nous quittons contentes, il me semble, d’avoir fait connaissance.  Je me sens plus à l’aise et j’apprécie d’autant mieux ce nouvel entourage. Je suis peut-être soulagée de mon petit complexe d’infériorité. Finalement, les gentilles pompom girls et ma ténacité ont collé un petit sparadrap sur les blessures de la petite fille qui voulait danser… ou sur la bouche des petites filles modèles qui l’ont tant moquées. comme vous voudrez!

PS: Les bas blancs ne sont pas obligatoires pour les dames… Je me suis fais avoir!

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2 commentaires

  1. Coucou Katrien,

    Tu devrais leur faire une petite démonstration de danse orientale ! Elles seraient certainement admiratives !

    Biz et bon progrès.

    NB: Cette année, je suis passionnée par l’émission de DALS sur TF1. Je suppose que tu connais …, ton avis?

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    • Coucou Fernande pense cela ne les intéresse pas du tout en fait. C’est un autre univers…
      Non je ne regarde pas DALS. J’ai essayé. Il est vrai qu’ils font beaucoup d’effort pour se produire chaque semaine et c’est admirable. Pour le reste mon esprit anti compétition m’empêche de rentrer dedans. Je ne suis plus à la page…
      gros bisous

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